LE THÈME DU MOMENT

LA PLUIE


La pluie tombe.
Continue, dense et lourde, elle pénètre en faisant fi des protections et des tissus. Elle cherche la chair.
Cette pluie, le poilu la redoute. Sur la route, les camarades à ses côtés, tous groupés dans l'effort, il avance en maudissant la sueur et l'eau qui se mêlent et trempent tout le corps.
Dans la tranchée, c'est pire : de vrais ruisseaux se forment. La terre disparait, se noie, se mue en une bouillie qui devient bientôt une fange nauséabonde. La crainte c'est maintenant la boue qui tout à l'heure, ce soir, demain peut être avalera chacun. Le corps transi et l'âme engourdie.

LOUIS BARTHAS

La pluie tombait toujours, elle tomba toute la nuit; les parois de la tranchée s'éboulaient et, malgrè la pente très vive, en certains endroits l'eau s'accumulait, arrêtée par les éboulements. Au fond le ruisseau montait, les eaux s'étendaient, s'avançaient vers nous en un vaste étang, les sentinelles ne veillaient plus, fuyant cette inondation, cet enlisement. Les uns abandonnèrent la tranchée, d'autres s'acharnaient à creuser des trous individuels qui s'effondraient presque aussitôt.

L’Argonnaute

Une heure, deux heures, trois heures, le temps se traîne comme paralysé. Cette veille ne finira donc jamais. La fatigue devient de la stupeur. Celui qui ne voulait pas dormir sent qu'il va fermer les yeux, mais, il ne dormira pas. Il sentira le froid, la pluie, il sombrera parfois dans une inconscience rapide, mais il ne s'évadera pas complètement dans le bon sommeil de la brute, le sommeil sans rêves et sans lueurs. Toujours la pluie, toujours l'hiver, toujours l'ombre.

LE DESSIN DU MOMENT

LA CHARGE MODERNE

MAURICE LE POITEVIN, 1915
COLL. HISTORIAL DE PÉRONNE


Quatre soldats qui portent des masques à gaz rudimentaires sont dressés face au danger. Derrière eux, des nuages inquiétants semblent expliquer leur équipement. Si l'on se réfère littéralement au titre de l’œuvre et à la position du soldat équipé d'un fusil baïonnette au canon, ils s'apprêtent à donner l'assaut. Mais est-ce si sûr? Le premier d'entre eux, peut-être un sous-officier si l'on en juge au képi bien qu'aucun grade ne soit visible, mène le mouvement du groupe. Ses bras écartés peuvent tout aussi bien l'aider à se hisser pour observer qu'indiquer de rester groupés et d'attendre. L'artiste a essayé de charger l'expression des corps tendus pour compenser l'absence de visage. Le thème des soldats masqués a été souvent traité dans les œuvres de la Grande Guerre : n'y-a-t-il pas plus clair symbole pour une guerre déshumanisante ?

LE POÈME DU MOMENT

CHER PEUPLE


Ô cher peuple, entends ces bavards :
Ils t'ont depuis peu découvert
À la lueur de l'incendie
Et te décernent un amour
Et une grandeur mesurés
À la longueur de ton martyre.

Ce n'est pas t'admirer que je puis, douloureux frère;
Ma voix n'est pas la voix qui chantera tes plaies,
Tes râles, ton supplice, et ce charnier honteux.



J'ai pitié des troupeaux arrachés aux prairies
Qui entrent dans la ville, harcelés par les chiens,
Les yeux hagards de peur, de faim et de fatigue
Et se bousculent vers la mort ;
Mais je ne saurais pas les accoutrer de gloire.

Frère, hélas! je n'avais pas besoin pour t'aimer
De te voir étendu saignant et mutilé.

Je n'ai pas eu besoin d'attendre que tu sois
Un pauvre mort jeté la face dans la boue
Pour te louer, mon frère, et me louer de toi.






CHARLES VILDRAC (1882-1971)
Cher Peuple, extrait du recueil Chants du désespéré (1914-1920), éd. Gallimard

Poète, auteur dramatique à succès et marchand d'art, Charles Vildrac fût très marqué par son expérience de la guerre. "Ces poèmes dont l'écriture sans pathos ni afféteries impose une sonorité frontale, apparaissent sans autre exemple en poésie française à propos de ces temps voués au massacre de masse." (notice autobiographique, éditions Gallimard)

Portrait au fusain de Charles Vildrac par André Aaron Bilis



Le jus - Sem



PORTFOLIO

TOUS LES DESSINS

LA COLLECTION —


Les œuvres rassemblées sur ce site sont des dessins réalisés par des artistes contemporains de la Grande Guerre qui furent pour certains également combattants.
Ces dessins sont accompagnés de textes de journaux de tranchées, de témoignages écrits d'anciens soldats ou d'extraits d'oeuvres littéraires traitant du conflit.

Le site présente environ 80 dessins.

Ils ont été regroupés en galeries thématiques illustrant la vie des soldats durant la guerre : la tranchée, le répit, le feu, la route, la mort ... continuer à lire l'intro
 

VERDUN

S'AFFICHE

— GALERIE THÉMATIQUE
Afin de promouvoir les films sur la bataille de Verdun ou le tourisme vers la cité meusienne, les affichistes ont conçu des illustrations évoquant les figures liées à cette bataille exceptionnelle. Le héros-combattant prêt au sacrifice, le soldat français défenseur de la civilisation, les ruines témoignant de la souffrance de la ville...

VERDUN

EN DESSINS

— GALERIE THÉMATIQUE
Il faut peu de temps aux artistes pour commencer à produire des œuvres ayant pour sujet la bataille de Verdun. Dès mars 1916, les premiers voyages sur le terrain ont lieu et les premières illustrations paraissent dans la presse. François Flameng, peintre du ministère de la Guerre, est sur place quelques semaines...

COLONIAUX

JULIEN LE BLANT

— GALERIE THÉMATIQUE
En 1919, les troupes occupantes françaises sur la rive gauche du Rhin sont pour un quart des troupes coloniales : RICM, tirailleurs, zouaves, spahis... Julien Le Blant, artiste-peintre missionné en 1917, les rejoint en 1919. Il va y réaliser une série de portraits en pied sur lesquels il note scrupuleusement le nom de ses modèles, leur affectation et plus étonnant leur métier civil...

DESSINS DE GUERRE

SEM, 1915-1916

— ALBUM

GARE DE L'EST

JULIEN LE BLANT

— ALBUM





 

DES POILUS

ETUDES & PORTRAITS

— ALBUM


DES RESSOURCES

INVENTAIRE

LE MEILLEUR DU NET —
 
Nous vous proposons un essai d'inventaire des ressources en lignes de dessins, estampes et peintures de la Première Guerre mondiale. Sites institutionnels de bibliothèques physiques, collections en lignes, sites d'archives, sites personnels... le meilleur du net est présenté dans une page dédiée.





Les logos et références aux sites institutionnels visibles ci-dessus sont présentés au titre de simple illustration. En aucun cas, ils ne traduisent une quelconque participation ou caution au contenu de notre page d'inventaire.


JACQUES MEYER

Mes oreilles se sont faites au bombardement, qui, par un hasard heureux, nous épargne presque toute la journée et ne s'exerce guère qu'en arrière de nous, ce dont je ne me soucie plus. De temps à autre, je glisse un coup d'oeil au dessus du parapet et ne vois toujours devant moi que la masse vert sombre des bois que tiennent les Boches, et la partie inclinée du terrain qui descend vers le ravin où se cache le village de Tahure. C'est bien ça la guerre : du silence, coupé de sonorités brutales; pas trace de vie; les seules formes visibles à l'horizon sont des formes inertes.

JACQUES MEYERLa Biffe, 1928
PAUL LINTIER

L'angoisse m'étrangle. Ce bouillonnement d'animalité et de pensée, qui est ma vie, tout à l'heure va cesser. Sur les perspectives de l'avenir qui toujours sont pleines de soleil, un grand rideau tombe. C'est fini! ... je n'ai que vingt et un ans. Ah! si j'échappe à l'hécatombe, comme je saurai vivre! Je ne pensais pas qu'il y eût une joie à respirer, à ouvrir les yeux sur la lumière, à se laisser pénétrer par elle, à avoir chaud, à avoir froid, à souffrir même. (...). Si je vois la fin de cette guerre, je saurai arrêter toutes les heures, sentir passer toutes les secondes de vie, comme une eau délicieuse et fraîche qu'on sent couler entre ses doigts.

PAUL LINTIERMa pièce

MOTS CHOISIS

POETES, TEMOINS, ECRIVAINS...








 

HENRI DE MONTHERLANT

J'ai lavé ton front, tête vide, défait les cuirs sur tes reins étroits, défait le col sur ton sein aride. Pauvre corps, qu'a-t-on fait de toi! Tu priais que passât ce calice. Je tairai tes yeux tournoyants. Frère du choix plus fort que le sang, Qu'avais-tu fait pour qu'on te punisse ? (...)

HENRI DE MONTHERLANTA un aspirant tué
Soldat Jean PUTOT

Supporter un bombardement que l'on sait devoir être de courte durée est déjà pénible; mais comment est-il possible de tenir sous un bombardement sans fin ? Combien démoralisante aussi cette arrivée des obus de gros calibres. D'abord, une détonation paraissant lointaine, c'est le coup de départ; puis un ronronnement paresseux qui, progressivement, s'anime; l'esprit comme fasciné, vous sentez que cet engin est pour vous, vient sur vous. Le ronron se rapproche toujours; il devient très distinct et progressif; vous retenez votre respiration en vous posant la question : que va-t-il se passer ? le "ronron" se termine; c'est le point de chute, l'éclatement, vous sentez votre cœur qui se décroche...

Soldat Jean PUTOTVERDUN de Jacques PERICARD

LE BLOG

ARTS GRAPHIQUES

LE BLOG

LA GUERRE DES ÉCRIVAINS


BONNES IMPRESSIONS


QUE RESTE-T-IL DE LA GRANDE GUERRE ?

CENTRE MONDIAL DE LA PAIX
Le Centre Mondial de la Paix de Verdun propose cette exposition qui s'interroge sur l'héritage de la guerre : muséographie très moderne, objets et œuvres issus de la Collection Diors, écrin superbe qu'est le Palais épiscopal aux murs patinés... une belle réussite. Comme cette exposition, où l'image joue une rôle très important, est ouverte jusqu'à fin 2018, l'accrochage est amené à varier fréquemment.

UN DESSINATEUR ET UN COMTE DANS LA GRANDE GUERRE
Henri Rouillon, dessinateur, a 36 ans ; le comte Henry de Maillard, né au Château de la Combe en Dordogne, 40 ans, vit de ses rentes quand ils sont mobilisés au 94ème Régiment d'Infanterie Territoriale. Ils tiennent tous deux un journal de guerre et Henri la dessine, d'un graphisme élégant et sûr. Leurs journaux croisés témoignent d'une expérience commune aux origines sociales différentes. | ••• EN SAVOIR + |

LUCIEN JONAS
FUSAINS

1915-1917 (Vol. 1)
1917-1918 (Vol. 2)

L'ILLUSTRATION, LA GRANDE GUERRE TELLE QUE LES FRANÇAIS L'ONT VECUE
Voilà une très bonne idée : éditer un album revisitant les articles et les illustrations parues dans le fameux hebdomadaire durant les quatre années de conflit. La mise en page est, bien sur, plus moderne que l'original et intègre, par exemple, des mises en couleurs (souvent assez discrètes) de certaines illustrations parues initialement en noir et blanc. | ••• EN SAVOIR + |

Ecrivain passionné, Jean-Paul Fontanon est un grand amateur du travail de Lucien Jonas et plus particulièrement des fusains que celui-ci a réalisé durant le conflit. Ces dessins sont loin de l'imagerie patriotique qui a fait connaître l'artiste dans les illustrés à grand tirage. L'essentiel de cette œuvre est constitué de portraits de figures officielles mais surtout de poilus et de soldats de nationalités diverses. Jean-Paul Fontanon a rassemblé dans ces deux volumes une grande partie de sa collection qui nous montre ces visages authentiques sortis de l'oubli cent ans après. | ••• EN SAVOIR + |



Je voudrais que les noms de ceux qui meurent pour la patrie fussent conservés dans les temples et écrits dans des registres qui fussent comme la source de la gloire et de la noblesse____MONTESQUIEU



AGIR POUR CONCILIER HOMMAGE ET SERVICE A L'HISTOIRE,

cela est possible en participant à l'indexation collaborative que propose le site Mémoire des Hommes. Soyez celle ou celui qui saisira les informations concernant votre aïeul mort pour la France, les soldats de son village, ceux de son régiment... Et si vous souhaitez vous engager sur la durée, participez au défi 'Un jour, un poilu' : un hommage quotidien à un poilu qui a donné sa vie il y a cent ans. Une belle action sur laquelle vous pouvez communiquer sur Twitter (avec le hashtag #1J1P) et sur Facebook.



L'Humanité est maudite, si, pour faire preuve de courage, elle est condamnée à tuer éternellement ____Jean JAURES.