Lorraine, 1915

A

u bout de cette plaine où régnait la solitude la plus complète, la route s'engageait dans un bois dont on apercevait les vertes frondaisons, mais nous nous aperçumes aussi avec effroi que les Allemands bombardaient ce bois qui semblait en feu. Il y avait dedans dissimulés de nombreuses batteries françaises. Quand nous fûmes arrivés près de la lisière, nous nous arrêtames épouvantés : des obus énormes, monstrueux, plus terribles que la foudre, sapaient, brisaient, décapitaient des arbres géants, centenaires. Nous en vîmes d'arrachés, de déracinés, tordus comme par un violent cyclone.
La forêt entière semblait se plaindre, gémir, craquer comme sous les coups de cognée d'un Titan.

Louis Barthas,
Les carnets de guerre de L. Barthas, tonnelier, 1914-1918

© ADAGP, Paris, 2009

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