Le copain

O

n t'a porté, la nuit, par la marne pouilleuse.
Tes bonshommes pleuraient. Leurs rudes mains pieuses,
Timides, t'effleuraient, comme un petit qui dort;
Leurs genoux cadencés ballotaient ton front mort,
Et ton sang clair coulait le long de nos chaussures.

Ta capote n'avait qu'une croix pour parure,
Les étoiles du ciel regardaient par ses trous !...

Mais nous sommes tombés, pour prier, à genoux,
Quand j'eu pris sur ton coeur les lettres de ta mère,
Et qu'on vous eut mis, toi, puis ta jeunesse, en terre.

Et, fermant pour toujours les clartés de tes yeux,
J'ai simplement, comme auraient fait les pauvres vieux,
Mon héros de vingt ans, baisé ta chair de marbre !

Et j'ai laissé ton âme à l'âme des grands arbres !...

Paul Verlet,
Le livre épique, 1920

Les dessins de Georges Leroux

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