LE THÈME DU MOMENT

SOLDATS DES COLONIES

Ils défilent avec leurs faces bises, jaunes ou marrons, leurs barbes rares, ou drues et frisées, leurs capotes vert-jaune, leurs casques frottés de boue qui présentent un croissant à la place de notre grenade. Dans les figures épatées ou, au contraire, anguleuses et affûtées, luisantes comme des sous, on dirait que les yeux sont des billes d’ivoire et d’onyx. De temps en temps, sur la file, se balance, plus haut que les autres, le masque de houille d’un tirailleur sénégalais. Derrière la compagnie, est un fanion rouge avec une main verte au milieu.


HENRI BARBUSSE, Le feu, 1916

805 000 hommes issus des colonies françaises ont été mobilisés pendant la durée du conflit.
636 000 hommes ont été transportés sur le continent parmi lesquels on compte 187 000 travailleurs et 449 000 combattants.
Les unités combattantes sont formées de 294 000 hommes originaires d’Afrique du Nord (174 000 algériens, 80 000 tunisiens et 40 000 marocains), 275 230 hommes originaires d’Afrique noire, de Madagascar et d’autres colonies comme les comptoirs indiens ou le Pacifique. On compte également 38 220 français des colonies et 36 740 chinois employés au combat.

Source Documents parlementaires de 1924 cités par C. Antier-Renaud (Les soldats des colonies, 2008-2014)

es types de soldats sont des figures traditionnelles de la peinture militaire. Ces dessins sont parfois groupés en planches et aident ainsi le public à reconnaître les nombreux uniformes de l’armée française parmi lesquels les plus colorés et les plus pittoresques sont ceux des unités coloniales (voir ci-dessous la composition de Perboyre pour la revue Le panorama de la guerre). Les dessins de Maurice Orange sont représentatifs de cette tendance même s’il s’agit ici de portraits et non de soldats en pied. Ils donnent à voir l’attention particulière que l’artiste porte à la représentation des types de population.
 
Les unités de soldats des colonies sont présentes avant guerre dans deux armées : les troupes coloniales et l’Armée d’Afrique. Les troupes coloniales sont issues de l’infanterie de marine. On y trouve des unités « indigènes » mais elles sont principalement composées de métropolitains. Depuis la conquête de l’Algérie, on désignait sous le terme d’Armée d’Afrique un ensemble hétéroclite d’unités dont faisaient partie, les tirailleurs sénégalais mais également la Légion étrangère, les zouaves et les goumiers marocains. Les goumiers, comme les spahis, sont des cavaliers. Les goumiers présents au Maroc sont originaires d’Algérie. Les spahis à l’allure si particulière formaient le corps d’élite du dey d’Alger. Les zouaves, eux, malgré leur allure orientale, étaient recrutés parmi les français métropolitains. Les soldats des colonies sont le plus souvent incorporés dans des unités de tirailleurs*. Il existait des unités de tirailleurs sénégalais (regroupant des hommes originaires aussi de la Côte d’Ivoire, du Soudan, du Dahomey…) mais également des tirailleurs algériens, marocains, tunisiens, malgaches, annamites, tonkinois…

Sources Les combattants coloniaux, M. Marbeau, L’Ecole des lettres no 14; Les soldats des colonies, C. Antier-Renaud.
* Un tirailleur est un combattant qui progresse en ordre dispersé en tirant avec persistance.

A ce moment mon regard rencontra celui d’un des noirs et j’éprouvai du malaise. C’était un regard calme et profond, comme celui d’un enfant ou d’un jeune chien. L’homme tournait doucement la tête à droite et à gauche et considérait les êtres et les objets extraordinaires qui l’entouraient. Les prunelles sombres s’arrêtaient légèrement sur toutes les pièces merveilleuses de cet atelier à réparer la machine humaine. Et ces yeux qui ne trahissaient aucune pensée, n’en étaient que plus inquiétants.


GEORGES DUHAMEL, Civilisation, 1918

ahut réalise au début de la guerre un ensemble de dessins à la plume représentant une grande variété de types de militaires dont font partie le tirailleur algérien et le spahi présentés ici. Son œuvre de guerre comprend aussi la représentation de scènes observées sur le terrain. Mahut, agé de trente six ans en 1914, fait partie d’un groupe de peintres affectés à la 22è section de COA (commis et ouvriers d’administration) et détachés auprès du musée de l’Armée. Il participe dès 1915 à des missions pour ce musée. Ces dessins sont parus notamment dans la revue La guerre documentée.

Après trois heures de marche, le bataillon finit par arriver à la hauteur des sapes qu’il devait occuper. Compagnie par compagnie, escouade par escouade, les tirailleurs disparurent dans les trous sombres.
Lamine Cissé compta son monde : il ne lui manquait personne, tous les garçons étaient là.
— Eh bien ! fit dans l’obscurité le colporteur mandingue, que pensez-vous de cette guerre ?
— Elle me dépasse, répondit le berger peuhl.
— Je crois que les Toubabs nous ont conduits aux portes de l’enfer ! déclara le constructeur de pirogues.
— Cela va au delà de tout ce qu’on pourrait raconter ! dit le chasseur d’éléphants.

Et comme le chamelier essayait de se frayer un passage pour remonter dans la tranchée :
— Ne fais pas cela ! lui cria le caporal. Tu pourrais y laisser ton nez !
— En vérité, répliqua Samba Sarr, je préfère perdre la vie que de ne pas savoir ce qui m’est caché.
Il grimpa l’escalier de terre et de rondins qui conduisait au boyau, leva la tête au-dessus du parapet, regarda longuement, dans la nuit éclairée par les fusées, le terrain nu qui s’étendait devant lui, et revint trouver ses compagnons.
— Eh bien, Samba Sarr, qu’as-tu vu ?
— Rien en vérité, fit-il. Des arbres qui n’ont pas de branches, du feu qui monte en l’air, et le bruit qui continue.
Extrait de La Randonnée de Samba Diouf illustré par Pierre Falké, Jérôme et Jean Tharaud, éd. Le livre de demain, Fayard, Paris, 1926
 
n 1914, Lucien Jonas est déjà, à trente quatre ans, un peintre primé dont les œuvres connaissent une certaine renommée. Rapidement passé par le 127è régiment d’infanterie, il est affecté à la 22è section de COA (commis et ouvriers d’administration) comme peintre détaché au musée de l’Armée. Il part ainsi dès le début de 1915 en mission d’où il ramène pochades, croquis et dessins plus aboutis. Sa virtuosité au fusain lui permet des compositions rapides et il multiplie notamment les portraits de combattants et de personnalités militaires qu’il reprend parfois dans son atelier. Loin des stéréotypes paternalistes, Jonas ne fait pas de différence entre soldats des colonies et français métropolitains. Un même sentiment de justesse et de vérité envahi le spectateur. Tous ses coloniaux sont identifiés par leur nom et leur régiment.
Coll. Jean-Paul Fontanon, droits réservés, avec son aimable autorisation.
 

[…] sur un autre quai, il y avait un bataillon de Marocains qui montait. Des hommes superbes, jeunes, forts, au visage clair. Ils étaient neufs et dans leur force intacte, ils regardaient tout autour d’eux avec des yeux blessés. Ils se tenaient craintivement serrés derrière leurs officiers. Imaginez ce que pouvait être pour eux cette gare de novembre, battue de pluie, glacée, et ce train d’où émergeaient des visages du Nord, pâles, sanglants et ironiques. J’avais été ému par le spectacle de cette force sauvage, attristée.
— Vous êtes monté au début de Verdun. Vos hommes étaient beaux.
En lui la gratitude s’accentua.
— Ils étaient magnifiques. Vous les avez vus ? Quelle belle troupe. Et qu’est-ce qu’on en a fait… J’avais honte d’être au Maroc ; j’avais demandé de partir depuis longtemps, mais nous avions eu à marcher. Enfin, j’ai demandé à passer dans l’infanterie…

DRIEU LA ROCHELLE, La comédie de Charleroi (le lieutenant des tirailleurs), 1934

LE POÈME DU MOMENT

DE LA BATTERIE DE TIR

 

Au maréchal des logis F. Bodard.

Nous sommes ton collier France
Venus des Atlantides ou bien des Négrities
Des Eldorados ou bien des Cimméries
Rivière d’hommes forts et d’obus dont l’orient chatoie
Diamants qui éclosent la nuit

Ô Roses ô France

Nous nous pâmons de volupté
À ton cou penché vers l’Est
Nous sommes l’Arc-en-terre
Signe plus pur que l’Arc-en-Ciel
Signe de nos origines profondes

Étincelles
Ô nous les très belles couleurs

Tranchées Tête de cochon, février 1915.

| ••• APPOLINAIRE Case d’Armons (Calligrammes) |

APPOLINAIRE (1880-1918)
Case d’Armons, du nom d’une pièce de rangement de la voiture-caisson accompagnant les canons de campagne, est un recueil de vingt-et-un poèmes datant de 1915. Appolinaire a publié ces poèmes avec les moyens du bord directement sur le front sous la forme d’une plaquette calligraphiée et polycopiée en vingt-cinq exemplaires. Ces poèmes forment la troisième partie de Calligrammes publié en 1918. On y trouve également un des très rares poèmes de la guerre mettant en scène un soldat des colonies Les soupirs du servant de Dakar.
Appolinaire est présent sur le front à partir d’avril 1915 en Champagne avec le 38è régiment d’artillerie de campagne. Il passe la même année dans l’infanterie et connait les combats de première ligne. Il est blessé d’un éclat d’obus à la tête en 1916. Il décède de la grippe espagnole en 1918.

ALBUM

SOLDATS DES COLONIES

 

es œuvres de cet album sont dues à des artistes parmi lesquels certains furent des combattants. D’autres, mobilisés ou non, furent missionnés pour composer à partir de leurs observations des œuvres témoignant de la réalité des événements et de la condition des soldats. Elles s’inscrivent dans une veine documentaire éloignée de la représentation caricaturale des soldats des colonies que l’on rencontre à l’époque, par exemple, dans la presse humoristique et satirique.
Certains de ces dessins sont parus dans l’Illustration et La guerre documentée, revues traitant avec sérieux de l’actualité. Cela n’exclut pas, parfois, une part de stéréotypes dans les choix de représentation. Les dessins de J.J. Berne-Bellecour, par exemple, montrent le caractère exotique et oriental des spahis et révèlent une esthétisation affirmée dans les costumes amples et le port de tête altier (ces combattants n’étaient qu’une minorité, les uniformes des troupes coloniales variaient peu des contingents métropolitains). On peut noter, comme souligné plus haut, que les portraits dus à Jonas ou Charlot révèlent peu de différence de traitement (dans le choix des attitudes par exemple) par rapport à des poilus non coloniaux. Certains artistes comme Julien Le Blanc et Lucien Jonas inscrivent scrupuleusement l’identité de leurs modèles pour marquer leur individualité.
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(…)
Écoutez-moi, Tirailleurs Sénégalais, dans la solitude de la terre noire et de la mort
Dans votre solitude sans yeux sans oreilles, plus que dans ma peau sombre au fond de la Province
Sans même la chaleur de vos camarades couchés tout contre vous, comme jadis dans la tranchée, jadis dans les palabres du village
Écoutez-moi, Tirailleurs à la peau noire, bien que sans oreilles et sans yeux dans votre triple enceinte de nuit.

Nous n’avons pas loué de pleureuses, pas même les larmes de vos femmes anciennes
— Elles ne se rappellent que vos grands coups de colère, préférant l’ardeur des vivants.
Les plaintes des pleureuses trop claires
Trop vite asséchées les joues de vos femmes, comme en saison sèche les torrents du Fouta
Les larmes les plus chaudes trop claires et trop vite bues au coin des lèvres oublieuses.

 

Nous vous apportons, écoutez-nous, nous qui épelions vos noms dans les mois que vous mouriez
Nous, dans ces jours de peur sans mémoire, vous apportons l’amitié de vos camarades d’âge.
Ah ! puissé-je un jour d’une voix couleur de braise, puissé-je chanter
L’amitié des camarades fervente comme des entrailles et délicate, forte comme des tendons.
Écoutez-nous, morts étendus dans l’eau au profond des plaines du Nord et de l’Est.
Recevez ce sol rouge, sous le soleil d’été ce sol rougi du sang des blanches hosties
Recevez le salut de vos camarades noirs, Tirailleurs Sénégalais
MORTS POUR LA RÉPUBLIQUE !

 

Léopold Sédar Senghor, Hosties noires, Seuil, Paris, 1948
Illustration Tirailleur Koya Koyé Baoulé, 1917, 80è T.S, Lucien Jonas, droits réservés, coll. J.P. Fontanon

essinateur amateur, le jeune commandant Édouard Réquin fait publier ses croquis et aquarelles chez l’éditeur parisien Devambez en 1917. L’album ne contient pas de texte et reproduit quarante dessins et aquarelles réalisés pendant les trente premiers mois de la guerre. Réquin observe les hommes, s’attache aux allures, aux types, aux postures parfois aux visages. Il choisit comme modèles de nombreux « coloniaux ». Réquin, saint-cyrien, est en poste à l’état major général auprès des maréchaux Joffre (dont une lettre en fac-similé se trouve dans l’ouvrage) et Foch. Réquin, devenu général, commandera en 1939 la IVè armée française lors de l’invasion allemande.
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Sénégalais préparant la soupe
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Dans un petit jardin planté de robustes légumes et de quelques fleurs rouges, devant une marmite, s'affaire un grand diable noir, dépoitraillé et les bras nus. Il souffle sur son feu qui fume, remue son rata avec une grande cuillère, donne un coup de pied à un chien qui vient rôder trop près, allonge une taloche à un gamin qui fouillait dans son sac ; mais comme le gosse pleure, il lui fait un beau sourire et lui donne une prune bien mûre pour le consoler.

André Warnod

-
Petites images du temps de guerre, 1918

AILLEURS SUR LE SITE

JULIEN LE BLANT

ET AUSSI

CHARLES HOFFBAUER

AILLEURS SUR LE WEB

LES TROUPES COLONIALES

(histoire-image.org)

ET AUSSI

77 dessins sur LES TROUPES COLONIALES

(photo.rmn.fr)

 

ET AUSSI

LES TIRAILLEURS SENEGALAIS DANS LA GRANDE GUERRE

(histoire-image.org)

VERDUN

HENRI DESBARBIEUX

ESSAI —
Cet ensemble de gravures, rare et méconnu, est signé d’un artiste, combattant lui même, qui se concentre dans ce travail, réalisé en 1916, sur la représentation de scènes de vie du soldat de Verdun. Le clair-obscur domine, les personnages ont des apparences parfois inquiétantes, les décors sont complexes. La composition sert une œuvre militante qui fût ignorée et qu’il faut redécouvrir.
C’est le but de l’essai rédigé par Carol Morganti et Dario Malini aux éditions ArteGrandeGuerra. Ce fascicule passionnant parcourt toutes les images de ce recueil en proposant une analyse du style et des intentions de l’artiste. De plus amples informations sont données dans un billet récent de notre blog. Nous sommes très heureux d’avoir pu participer à la traduction en français de cette étude, qui est proposée en ligne et en accès libre, sur le site artegrandeguerra.it (lien direct)

 

PORTFOLIO

TOUS LES DESSINS

LA COLLECTION —

 

Les œuvres rassemblées sur ce site sont des dessins réalisés par des artistes contemporains de la Grande Guerre qui furent pour certains également combattants.
Ces dessins sont accompagnés de textes de journaux de tranchées, de témoignages écrits d’anciens soldats ou d’extraits d’oeuvres littéraires traitant du conflit.

Le site présente environ 80 dessins.

Ils ont été regroupés en galeries thématiques illustrant la vie des soldats durant la guerre : la tranchée, le répit, le feu, la route, la mort … continuer à lire l’intro

LE BLOG

TOUS LES ARTICLES

OUVRAGES, EXPOS, HOMMAGES —

 

Seuls les derniers articles sont proposés ci-contre.
Vous trouverez dans le blog des articles rédigés sur des expositions mettant en avant l’art graphique de la Grande Guerre, des ouvrages traitant du même sujet ou des descriptions d’œuvres. Certains billets s’attachent, aussi, à des poètes et à des ouvrages généraux sur la période 14-18.

Après cinq jours d’horreur qui nous ont coûté 1 200 victimes, nous avons été retirés de ce lieu d’abomination… Qui dira l’inouï de ce que j’ai pu voir ?… Mon intellect est fortement ébranlé… Je reste stagnant et courbaturé… Je suis un peu comme si je relevais de la fièvre typhoïde… Chère mère, je voudrais de nouveau me tendre vers tout ce qui est beau et noble. Je voudrais sentir toujours en moi l’inspiration qui m’élancerait vers les richesses de la vie. Hélas ! pour le moment, je suis d’une mentalité de plomb… Après une telle révolution, je ne puis que me laisser aller à la volupté de vivre encore un peu…

ÉTIENNE LEMERCIER Lettres d’un soldat, 1924

L’idée de Verdun et de la mort pèse, je le sens, sur toute la colonne et rend les hommes plus irritables… En venant, nous avons croisé deux batteries de 100 de marine. Pas un homme à pied. Tout le monde en auto. Les officiers ont une confortable voiturette à eux. Je demande à un sous-officier s’il y a eu beaucoup de pertes à la batterie. — Non très peu. Et son air surpris me laisse entendre que c’est peut-être « pas du tout ». Je regardais mes pauvres troupiers. Ils traînaient lamentablement sur la route, ployés en deux sous le poids du sac, ruisselants d’eau, et cela pour aller se faire écrabouiller dans des tranchées boueuses ! non décidément, il n’y aura pas eu de parité, dans cette guerre, entre les souffrances endurées par les différents combattants du front.

CAPITAINE DELVERT Histoire d’une compagnie, 1918

MOTS CHOISIS

POETES, TEMOINS, ECRIVAINS…


 

 

 

 

| ••• AUTRES MOTS CHOISIS |

Dans ces visages ternes…, une seule chose frappe, l’éclat du regard. Il est fiévreux, indéfinissable en son rentrant, ne ressort que pour vous scruter au passage, se heurte avec un certain défi à la placidité du vôtre, qui ne connaît que par à-coups ce qui fait la hantise du leur. Il vous poursuit et vous gêne, ou bien vous abandonne avec un mépris un peu las. Qui n’a ressenti quelque chose d’approchant, lors d’une visite dans un hôpital, ou dans l’usine où brûlent et suent les travailleurs des métiers du feu ?

E.-M. HERSCHER Quelques images de la guerre, 1917

Ils étaient accroupis sur le sol et tenaient leurs gamelles sur leur genoux… Une gourde faisait le tour de la société et chacun buvait à la régalade longuement et goulûment, la tête renversée et les yeux levés… Un gros poilu, dont la bouche s’élargissait en un sourire sans expression, puisait des morceaux de viande dans le fond d’une marmite avec une louche faite d’une boîte de conserve fixée par un fil de fer au bout d’un bâton et criait : — Qui veut du rabiot?… Encore du rabiot !… A qui la barbaque ?

GEORGES GAUDY Les trous d’obus de Verdun, 1922

L’Humanité est maudite, si, pour faire preuve de courage, elle est condamnée à tuer éternellement ____Jean JAURES.