Soldat casqué, tassé contre le talus, 1917

Ah ! si j’échappe à l’hécatombe, comme je saurai vivre ! Je ne pensais pas qu’il y eût une joie à respirer, à ouvrir les yeux sur la lumière, à se laisser pénétrer par elle, à avoir chaud, à avoir froid, à souffrir même. Je croyais que certaines heures seulement avaient du prix. Je laissais passer les autres. Si je vois la fin de cette guerre, je saurai les arrêter toutes, sentir passer toutes les secondes de vie, comme une eau délicieuse et fraîche qu’on sent couler entre les doigts. Il me semble que je m’arrêterai à toute heure, interrompant une phrase ou suspendant un geste, pour me crier à moi-même : Je vis ! Je vis !
Et dire que tout à l’heure peut-être, je ne serai qu’une chair informe et sanglante au bord d’un trou d’obus… !

Paul Lintier, Ma Pièce, 1916

© ADAGP, Paris

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